À retenir
- Le mawashi d'un lutteur pèse jusqu'à 1 kg et mesure plusieurs mètres de long. Il est enroulé serré afin de maintenir le pagne en place pendant les combats et les entraînements.
- Contrairement à la plupart des sports de combat, le sumo ne comporte aucune division par poids. Tous les lutteurs s'affrontent sur le même ring, quelle que soit leur taille, ce qui rend la technique essentielle.
- Les lutteurs prennent du volume grâce à une alimentation très calorique et à la musculation, la graisse étant répartie de manière stratégique pour absorber les impacts sans sacrifier la mobilité.
- Les lutteurs portent différents styles de mawashi à l'entraînement et en compétition, la couleur et les méthodes de nouage signalant le rang et le statut dans le tournoi.
- La coiffure chonmage indique le statut professionnel d'un lutteur et est coupée lors d'une cérémonie de retraite, symbolisant la fin de sa carrière.
Une carrure de 150-Kilo
Le corps d'un lutteur de sumo professionnel est une machine façonnée avec précision, construite au fil de décennies d'alimentation contrôlée et d'entraînement. La plupart des rikishi, ou lutteurs, pèsent entre 120 et 160 kilograms, les concurrents les plus lourds dépassant 200 kilos. Cette masse n'est pas une accumulation aléatoire de graisse, mais une combinaison stratégique de muscles et d'isolation qui assure à la fois puissance et stabilité sur le ring. Les lutteurs y parviennent grâce au Chanko-nabe, le même repas de poulet mijoté servi lors de cette expérience à Tokyo, complété par de très grandes quantités de riz et de bière consommées tout au long de la journée.
Le processus commence dans les divisions inférieures, où les jeunes lutteurs augmentent progressivement leurs apports sous la direction de leur maître d'écurie. Un lutteur de sumo consomme généralement entre 7,000 et 10,000 calories par jour, bien au-delà des besoins d'une personne moyenne. Cette approche disciplinée de la gestion de la masse demande des années de perfectionnement, et les lutteurs qui accèdent aux divisions supérieures, au rang de sekitori, maintiennent leur poids grâce à un engagement à vie envers ce régime alimentaire. Le résultat est un corps à l'apparence souple, mais qui recèle une force exceptionnelle sous la surface.
Le nœud du mawashi et la ceinture de lutte
Le mawashi est le seul vêtement qu'un lutteur de sumo porte sur le ring, et savoir le nouer correctement est une compétence essentielle enseignée dès le premier jour d'entraînement. Cette épaisse ceinture, en soie ou en chanvre selon le rang, s'enroule autour de la taille et entre les jambes, puis se fixe par un nœud complexe à l'avant. La ceinture doit être suffisamment serrée pour résister aux saisies et projections intenses des combats compétitifs, tout en laissant au lutteur assez de liberté de mouvement pour exécuter les 48 techniques de projection reconnues dans le sumo professionnel.
Les lutteurs des rangs inférieurs portent un mawashi en coton, tandis que ceux des divisions supérieures sekitori portent des modèles en soie qui coûtent plusieurs milliers de pounds sterling. Le nœud du mawashi demande lui-même de la pratique pour être parfaitement maîtrisé, car il doit rester bien en place pendant un combat qui peut ne durer que quelques secondes ou se prolonger plusieurs minutes dans une lutte continue. La couleur et le motif du mawashi permettent de distinguer visuellement les lutteurs et contribuent au spectacle de ce sport, les lutteurs choisissant souvent des modèles assortis aux couleurs de leur écurie ou à leurs préférences personnelles.
Le nœud du mawashi est placé incroyablement bas, défiant à la fois les lois de la physique et la gravité
Le chonmage et la coiffure traditionnelle
Le chonmage, ou chignon traditionnel, est obligatoire pour tous les lutteurs de sumo professionnels en dehors du ring et demeure l'un des symboles les plus reconnaissables du sumo. Cette coiffure distinctive remplit des fonctions à la fois pratiques et cérémonielles dans la hiérarchie de ce sport. Les lutteurs des rangs inférieurs portent un chignon plus lâche et plus simple, tandis que les sekitori arborent des versions plus élaborées appelées oicho, en forme de feuille de ginkgo, qui exigent un entretien quotidien et le savoir-faire d'un coiffeur spécialisé dans le sumo, appelé tokoyama.
L'entretien du chonmage est un rituel qui demande du temps. Les lutteurs se rendent régulièrement chez le coiffeur afin que le nœud reste parfaitement formé et que leurs cheveux conservent la bonne longueur et un bon état. Historiquement, le chignon était obligatoire parce que le sumo est né comme rituel religieux shinto, et cette coiffure reliait les lutteurs à cette tradition sacrée. Les lutteurs modernes perpétuent cette pratique en signe de respect pour l'héritage de ce sport, et cette apparence caractéristique reste au cœur de l'identité du sumo dans la culture japonaise.
Une vitesse et une souplesse surprenantes chez les poids lourds
L'un des aspects les plus frappants du sumo réside dans le contraste entre la stature massive d'un lutteur et son agilité remarquable. Malgré un poids de 150 kilograms ou plus, les rikishi d'élite peuvent se déplacer à une vitesse explosive, pivoter sur leurs appuis et déplacer leur centre de gravité avec une précision qui semble physiquement improbable. Ce paradoxe apparent déroute les observateurs jusqu'à ce qu'ils comprennent que les muscles sous la surface leur confèrent de réelles capacités athlétiques. La souplesse d'un lutteur de sumo rivalise avec celle des gymnastes, nombre d'entre eux étant capables de faire le grand écart complet et d'autres mouvements qui remettent en question les idées reçues sur les corps de cette taille.
Le programme d'entraînement qui façonne les lutteurs de sumo met autant l'accent sur le jeu de jambes, l'équilibre et la puissance explosive que sur la masse. Les jeunes lutteurs passent des années à perfectionner leurs schémas de déplacement, apprenant à utiliser les leviers et les angles plutôt que leur seule force pour maîtriser leurs adversaires. Les mouvements circulaires de la technique du sumo reposent sur une souplesse des hanches et une stabilité des chevilles qui exigent une attention constante. Observer les déplacements d'un lutteur expérimenté révèle un athlète d'une véritable grâce, malgré les apparences, ce qui explique en partie pourquoi le sumo fascine tant les spectateurs qui assistent à un combat en direct.
1 kg
La ceinture mawashi d'un lutteur de sumo peut peser jusqu'à 1 kilogram et s'enrouler plusieurs fois autour du corps.
Les blessures fréquentes qui mettent fin aux carrières
Les exigences physiques du sumo entraînent des types de blessures spécifiques qui s'accumulent au fil de la carrière d'un lutteur. Les blessures au genou représentent la menace la plus fréquente pour une carrière, en raison de la posture basse constante et des déplacements latéraux explosifs requis sur le ring. Les genoux subissent des contraintes considérables à chaque combat, et de nombreux lutteurs qui réussissent dans les divisions inférieures finissent par souffrir de lésions dégénératives les contraignant à prendre leur retraite. Les blessures à l'épaule, notamment celles de la coiffe des rotateurs, sont également courantes, car les projections et les prises exercent une forte pression sur l'articulation.
Les blessures au dos affectent fréquemment les lutteurs, en particulier ceux des divisions supérieures qui affrontent des adversaires plus puissants et disputent des combats plus intenses. Les torsions, les soulèvements et les impacts répétés des chutes sur la surface d'argile du ring endommagent progressivement la colonne lombaire. Les blessures aux mains et aux poignets surviennent régulièrement, mais menacent généralement moins une carrière que les problèmes de genou ou d'épaule. Certains lutteurs parviennent à gérer ces blessures tout au long de leur carrière grâce à un suivi attentif et à des soins médicaux, tandis que d'autres constatent que leur corps ne supporte plus les rigueurs de la compétition et doivent envisager la retraite alors qu'ils sont encore relativement jeunes.
Catégories de poids et structure du classement
Le sumo se distingue de la boxe ou des arts martiaux en ce qu'il ne comporte pas de catégories de poids, malgré les écarts considérables de gabarit entre les compétiteurs. Tous les lutteurs évoluent au sein d'un même système de classement, ce qui signifie qu'un lutteur de 110-kilogram peut affronter un adversaire pesant 180 kilograms. Cette approche reflète les origines du sumo comme tournoi à élimination directe, où les lutteurs étaient appariés selon leur rang plutôt que leur taille. L'absence de catégories de poids renforce en réalité l'importance de la technique, des leviers et du positionnement, puisqu'un lutteur plus léger doit compter sur une maîtrise supérieure pour vaincre un adversaire bien plus lourd.
Le système de classement compte six divisions, les sekitori (divisions supérieures) regroupant les makuuchi et les juryo. En dessous se trouvent les divisions jonokuchi, jonidan, sandanme et makushita, où les lutteurs plus jeunes et moins bien classés s'entraînent et concourent. Le rang d'un lutteur détermine son salaire, sa place dans la hiérarchie de l'entraînement et le prestige associé à sa position. La progression dans les rangs est remarquablement méritocratique, reposant uniquement sur les performances en tournoi, ce qui explique notamment pourquoi le sumo conserve un public si fidèle malgré sa place de niche dans le sport mondial.
La cérémonie de retraite et de coupe du chignon
Lorsqu'un lutteur décide de se retirer du sumo professionnel, une cérémonie de coupe du chignon (danpatsu-shiki) marque la fin de sa carrière et sa transition hors des règles strictes qui régissent les rikishi en activité. Cet événement officiel, généralement organisé à Tokyo, réunit lutteurs, maîtres d'écurie et responsables du sumo pour assister à la coupe symbolique du chonmage. Les invités prennent tour à tour part à la cérémonie en coupant de petites mèches du chignon, encore attaché à la tête du lutteur, chaque coupe exprimant leur respect et leur gratitude pour sa contribution à ce sport.
La cérémonie est à la fois festive et solennelle : elle honore les années de dévouement du lutteur tout en reconnaissant qu'il laisse derrière lui une identité qu'il porte depuis son entrée dans son écurie comme jeune apprenti. Certains lutteurs retraités ayant connu une grande réussite sur le ring bénéficient de cérémonies importantes et très fréquentées, réunissant des centaines d'invités, tandis que d'autres vivent des célébrations plus modestes et intimes. Après la dernière coupe, qui retire entièrement le chignon, le lutteur est libre de laisser pousser ses cheveux selon des styles modernes et d'adopter des vêtements civils. Ce moment ne représente pas une fin, mais une transition, car de nombreux lutteurs retraités deviennent eux-mêmes maîtres d'écurie et poursuivent ainsi leur lien avec le sport qui a défini leur vie.
